{"id":445264,"date":"2017-11-12T21:16:58","date_gmt":"2017-11-12T19:16:58","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.elorainweb.com\/?p=445264"},"modified":"2024-05-12T11:39:17","modified_gmt":"2024-05-12T09:39:17","slug":"jil-sander-je-ne-trouvais-pas-de-vetements-pour-me-faire-entendre-a-legal-des-hommes-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/jil-sander-je-ne-trouvais-pas-de-vetements-pour-me-faire-entendre-a-legal-des-hommes-2\/","title":{"rendered":"Jil Sander : &#8220;Je ne trouvais pas de v\u00eatements pour me faire entendre \u00e0 l\u2019\u00e9gal des hommes&#8221;"},"content":{"rendered":"<p>Madame Figaro &#8211; 2 novembre 2017<\/p>\n<div style=\"text-align: justify; \">\n<\/p>\n<p>Rare et secr\u00e8te, une des stylistes les plus influentes des ann\u00e9es 1990, elle signe \u00e0 Francfort une exposition qui souligne sa qu\u00eate de puret\u00e9 dans tout ce qu\u2019elle entreprend depuis cinquante ans.<\/p>\n<p>Envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00e0 Hambourg. &#8211; Il s\u2019agit d\u2019une sublime maison vide sur les rives du lac Alster \u00e0 Hambourg. Juste quelques tableaux contemporains, paysages abstraits, compositions g\u00e9om\u00e9triques et dessins au trait restent accroch\u00e9s dans cette imposante demeure hans\u00e9atique, studio de cr\u00e9ation historique de Jil Sander, avant que sa fondatrice ne vende, en 1999, la majorit\u00e9 des parts de la maison portant son nom. \u00ab\u2009L\u2019univers\u2009\u00bb de la cr\u00e9atrice a en effet \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9 le jour pr\u00e9c\u00e9dent notre rencontre au Mus\u00e9e des arts appliqu\u00e9s de Francfort qui lui consacre, du 4 novembre au 6 mai 2018, la premi\u00e8re r\u00e9trospective de sa carri\u00e8re.<br \/>\nAu loin, la voix de Mme Sander r\u00e9sonne dans le silence des showrooms quasi inoccup\u00e9s. Puis, ses pas, sa silhouette agile et, surtout, des yeux qui aujourd\u2019hui p\u00e9tillent. Retir\u00e9e de la sc\u00e8ne mode apr\u00e8s avoir renonc\u00e9 une troisi\u00e8me fois \u00e0 pr\u00e9sider sa maison \u00e0 l\u2019automne 2015, elle ne voulait pas accorder d\u2019interview dans le cadre de cet \u00e9v\u00e9nement, pr\u00e9f\u00e9rant laisser parler les morceaux choisis de ses cinquante ann\u00e9es de mode expos\u00e9s. Les accords juridiques avec la soci\u00e9t\u00e9 Jil Sander, propri\u00e9t\u00e9 du japonais Onward Luxury Group (apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenue par un fonds britannique et, auparavant, Prada Group), expliquent aussi sans doute cette \u00e9conomie de mots.<\/p>\n<p>Et puis si. La styliste a accept\u00e9 de recevoir Le Figaro en exclusivit\u00e9, en ce jour de rel\u00e2che avant l\u2019installation \u00e0 Francfort, semblable \u00e0 ces moments de suspens pr\u00e9c\u00e9dant les d\u00e9fil\u00e9s quand les croquis ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s aux fabricants et les premiers prototypes pas encore r\u00e9alis\u00e9s. Une tension est perceptible. Une d\u00e9termination, aussi. Comme tous ses confr\u00e8res, elle s\u2019est longtemps d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e de son propre pass\u00e9. \u00ab\u2009On n\u2019a pas le temps ni le choix. Il faut sans cesse avancer, se projeter dans la saison suivante, dit-elle. Le travail avait pris une grande place dans ma vie. Tout est all\u00e9 tr\u00e8s vite. Des mod\u00e8les, des images, des films d\u2019alors m\u2019ont rappel\u00e9 une multitude de choses et de personnes.\u2009\u00bb Il y a un peu plus d\u2019un an, elle se plonge, non sans \u00e9motion, dans ses archives. Elle \u00e9tait proche d\u2019accepter de r\u00e9diger ses M\u00e9moires, finalement, ce sera une exposition sur 3\u2009000 m\u00e8tres carr\u00e9s de mod\u00e8les, de photos, de musiques et de vid\u00e9os reli\u00e9s par une formidable int\u00e9grit\u00e9. Et par une esth\u00e9tique minimaliste traversant les ann\u00e9es, appliqu\u00e9e \u00e0 sa mode mais aussi aux cosm\u00e9tiques, du podium aux boutiques. \u00ab\u2009Ce que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 me semble toujours d\u2019actualit\u00e9\u2009\u00bb, glisse Jil Sander avec humilit\u00e9, en fin d\u2019entretien, press\u00e9e d\u2019aller tout de m\u00eame v\u00e9rifier cette modernit\u00e9 in situ le lendemain, s\u2019autorisant des arrangements de derni\u00e8re minute afin que tout soit tel qu\u2019elle a toujours aim\u00e9 l\u2019orchestrer.<\/p>\n<p>Entretien exclusif avec la styliste Jil Sander, qui fait l\u2019objet d\u2019une exposition \u00e0 Francfort.<\/p>\n<p>Le Figaro. &#8211; Comment est n\u00e9 ce projet d\u2019exposition \u200a?<br \/>\nJil Sander. &#8211; Matthias Wagner K, le directeur du Mus\u00e9e des arts appliqu\u00e9s de Francfort, m\u2019avait sollicit\u00e9e il y a plusieurs ann\u00e9es, mais j\u2019ai tard\u00e9 \u00e0 accepter sa proposition. Le point de d\u00e9part \u00e9tant mes archives, je devais commencer par les classer et les digitaliser. Jusqu\u2019alors, je n\u2019avais eu ni le temps ni la volont\u00e9 de m\u2019y consacrer. Le pass\u00e9 ne m\u2019int\u00e9ressant pas durant toutes ces d\u00e9cennies d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Est-il facile de r\u00e9sumer sa carri\u00e8re \u200a?<br \/>\nL\u2019id\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas de faire un r\u00e9sum\u00e9, mais de pr\u00e9senter une approche particuli\u00e8re avec une ligne claire. Mon travail est \u00e9voqu\u00e9 sous diff\u00e9rents angles, \u00e0 travers notamment une installation multim\u00e9dia repla\u00e7ant les collections dans leurs contextes, plut\u00f4t que de juxtaposer des dizaines de mod\u00e8les d\u00e9connect\u00e9s de leur \u00e9poque comme souvent dans les mus\u00e9es. Bien s\u00fbr, il y a tout de m\u00eame des v\u00eatements expos\u00e9s afin d\u2019expliquer mes recherches en trois dimensions autour du corps.<\/p>\n<p>Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette installation ?<br \/>\nLe b\u00e2timent qui l\u2019accueille a \u00e9t\u00e9 construit sur les plans de Richard Meier, un architecte d\u2019une grande modernit\u00e9 qui a \u00e9galement sign\u00e9 le building du Paul Getty Center \u00e0 Los Angeles. Avant tout, je suis all\u00e9e \u00e0 Francfort pour saisir la dimension du lieu. Puis, nous l\u2019avons recr\u00e9\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9duite dans mon atelier de Hambourg, afin de ma\u00eetriser les volumes, se projeter dans l\u2019espace et imaginer pleinement le d\u00e9roul\u00e9 de l\u2019exposition. Outre les vid\u00e9os des d\u00e9fil\u00e9s, il y aura une section avec des mod\u00e8les, une salle d\u00e9di\u00e9e aux parfums et cosm\u00e9tiques que j\u2019ai adjoints tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 mon univers, ainsi que des images et des campagnes publicitaires illustrant mon esth\u00e9tique. Une partie sera d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019architecture des magasins, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 celui de l\u2019avenue Montaigne \u00e0 Paris, inaugur\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Cette adresse \u00e9tait tr\u00e8s importante \u00e0 mes yeux \u2013 et elle a \u00e9t\u00e9 beaucoup regard\u00e9e par d\u2019autres -, car j\u2019avais cherch\u00e9 \u00e0 red\u00e9finir le concept de la boutique de mode dans ce b\u00e2timent historique. Des \u0153uvres d\u2019art ayant influenc\u00e9 mes cr\u00e9ations int\u00e8grent aussi l\u2019installation et, pour finir, un jardin virtuel r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de paysages film\u00e9s par des drones, depuis une propri\u00e9t\u00e9 dans le nord de l\u2019Allemagne o\u00f9 j\u2019aime me ressourcer depuis longtemps.<\/p>\n<p>L\u2019illustrateur sonore Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 contribution.<br \/>\nJe voulais transmettre ma vision de ce que j\u2019appelle la puret\u00e9. Et le son, la lumi\u00e8re, le toucher participent \u00e0 cette exp\u00e9rience. Par le pass\u00e9, Fr\u00e9d\u00e9ric a cr\u00e9\u00e9 des bandes-son pour mes d\u00e9fil\u00e9s, extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9es et intimes, reli\u00e9es \u00e0 ma culture personnelle, gr\u00e2ce \u00e0 sa formidable connaissance de la musique allemande, du classique au contemporain. Cette fois, il a imagin\u00e9 un accompagnement musical totalement in\u00e9dit et envo\u00fbtant comme des nuages flottants.<\/p>\n<p>Quels ont \u00e9t\u00e9 vos \u00e9changes avec le commissaire de cette exposition Matthias Wagner K ?<br \/>\nNous partageons le go\u00fbt pour une m\u00eame modernit\u00e9 esth\u00e9tique. Ensemble, nous avons parcouru tout ce que j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9 depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. La s\u00e9lection n\u2019est pas d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9e au moment o\u00f9 je vous parle. Elle aura lieu sur place, dans la derni\u00e8re ligne droite, de la m\u00eame fa\u00e7on que le d\u00e9roul\u00e9 d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 est d\u00e9cid\u00e9 dans les derni\u00e8res heures.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui vous a rendu le plus fi\u00e8re au regard de vos archives ?<br \/>\nJe suis heureuse qu\u2019un fil rouge apparaisse au final. Que tout ce que j\u2019ai pu signer dans les ann\u00e9es 1990, tant en termes de mode que de communication, ne soit absolument pas dat\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a presque cinquante ans, en 1968, vous commenciez votre carri\u00e8re en ouvrant une boutique \u00e0 Hambourg. Est-ce cet anniversaire qui vous a convaincue d\u2019accepter le projet ?<br \/>\nPeut-\u00eatre, inconsciemment, mais je n\u2019avais absolument pas cette date en t\u00eate lorsque j\u2019ai accept\u00e9 la proposition.<\/p>\n<p>Vous avez d\u00e9but\u00e9 la mode par des \u00e9tudes textiles\u2009: reprenons le fil de votre histoire, bien que vous n\u2019aimiez gu\u00e8re vous retourner sur le pass\u00e9.<br \/>\nLe fil de l\u2019histoire est une jolie expression\u2009! Aujourd\u2019hui, quand je regarde en arri\u00e8re, je per\u00e7ois justement ce fil rouge qui relie tout ce que j\u2019ai pu r\u00e9aliser. Les mati\u00e8res y occupent une place essentielle. Dans bien d\u2019autres domaines, tout comme pour le Bauhaus qui f\u00eate bient\u00f4t ses cent ans, ce sont des bases de la modernit\u00e9. Un socle d\u2019exp\u00e9rimentation et de cr\u00e9ation. Pour ma part, ces connaissances minutieuses renvoyant \u00e0 l\u2019origine de l\u2019habillement m\u2019ont aid\u00e9e \u00e0 trouver mon propre vocabulaire.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970 o\u00f9 l\u2019on parlait surtout de stylistes de sexe masculin, \u00e9tait-ce difficile pour une femme de percer\u2009?<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait pas un obstacle. Ce sont m\u00eame les tendances d\u2019alors et le style de mes confr\u00e8res qui imposaient les attitudes aux femmes, qui ont motiv\u00e9 ma propre d\u00e9marche. Je ne trouvais pas de v\u00eatements pour \u00eatre accept\u00e9e et me faire entendre \u00e0 l\u2019\u00e9gal des hommes.<\/p>\n<p>Sobri\u00e9t\u00e9, qualit\u00e9, intemporalit\u00e9\u2026 Vos valeurs sont \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la mode actuelle obnubil\u00e9e par les nouveaut\u00e9s \u00e0 partager sans d\u00e9lai sur les r\u00e9seaux sociaux. Quel regard portez-vous sur cet univers, aujourd\u2019hui \u200a?<br \/>\nMon int\u00e9r\u00eat pour la mode ne cessera jamais. Et je ne peux que me r\u00e9jouir que la communication digitale ait donn\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 cet univers, \u00e0 un public plus large et moins \u00e9litiste. En revanche, je ne pense pas que ces nouveaux m\u00e9dias puissent totalement manipuler le go\u00fbt des personnes. Depuis la fin de la guerre froide, nous encha\u00eenons des progr\u00e8s \u00e0 couper le souffle. Nous sommes aujourd\u2019hui dans une p\u00e9riode de r\u00e9ajustement. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, de nombreux consommateurs n\u2019ont d\u00e9couvert la mode que tr\u00e8s r\u00e9cemment. Ils ont un si\u00e8cle de connaissances dans le domaine \u00e0 rattraper\u2009! La globalisation doit, elle aussi, trouver ses rep\u00e8res. Internet est un immense laboratoire qui, lorsque tout se posera quelque peu, pourra devenir une gigantesque vitrine pour des nouveaux designs r\u00e9ellement originaux.<\/p>\n<p>Exposition Jil Sander, du 4 novembre au 6 mai 2018 au Museum Angewandtekunst de Francfort. www.museumangewandtekunst.de.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Madame Figaro &#8211; 2 novembre 2017&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-445264","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fs-press"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445264","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=445264"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445264\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=445264"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=445264"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=445264"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}