{"id":445040,"date":"2013-05-18T19:50:04","date_gmt":"2013-05-18T17:50:04","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.elorainweb.com\/?p=445040"},"modified":"2024-05-12T10:47:00","modified_gmt":"2024-05-12T08:47:00","slug":"wanderlust-paris-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wanderlust-paris-2\/","title":{"rendered":"Wanderlust Paris"},"content":{"rendered":"<p>WANDERLUST PARIS Mai 2013<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez est illustrateur sonore des d\u00e9fil\u00e9s de mode.<\/p>\n<p>Comment d\u00e9finissez vous votre m\u00e9tier ?<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 depuis des ann\u00e9es un travail mettant en relation le son et l\u2019image. C\u2019est \u00e0 dire utiliser le son de mani\u00e8re \u00e0 provoquer des images chez le spectateur et l\u2019emmener dans une histoire. On me demande souvent si je me d\u00e9finis comme Dj ou musicien. J\u2019ai toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dire que je suis illustrateur sonore. Un emprunt \u00e0 l\u2019univers radiophonique qui pour moi est plus po\u00e9tique, plus \u00e9motionnel et se rapporte \u00e0 la m\u00e9moire et aux souvenirs.\u2028J\u2019aime l\u2019id\u00e9e des feuilletons que l\u2019on pouvait suivre \u00e0 la radio avant que la t\u00e9l\u00e9vision existe et dans lesquels des illustrateurs sonores m\u00e9langeaient des musiques et des bruitages de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er des films sonores.<\/p>\n<p>Quel est le changement majeur dans votre travail ?<\/p>\n<p>Internet a beaucoup chang\u00e9 ma mani\u00e8re de rechercher des musiques. Avant je devais aller dans les boutiques de disques \u00e0 Paris ou lors de mes voyages. Aujourd\u2019hui c\u2019est tout un monde qui s\u2019offre \u00e0 moi. Le probl\u00e8me des droits d\u2019utilisation de la musique m\u2019a aussi oblig\u00e9 \u00e0 faire mes propres compositions. Je peux dire qu\u2019internet m\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer.\u2028Les nouvelles technologies ont aussi \u00e9norm\u00e9ment boulevers\u00e9 ma technique de travail. J\u2019ai commenc\u00e9 d\u2019abord par utiliser les bandes magn\u00e9tiques et aujourd\u2019hui j\u2019utilise des logiciels informatiques beaucoup plus sophistiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Comment \u00eates vous arriv\u00e9 dans le secteur de la mode ?<\/p>\n<p>Je me suis construit \u00e0 travers la musique. Des artistes comme David Bowie ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s importants pour moi. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 nourri par ses r\u00e9f\u00e9rences visuelles, litt\u00e9raires et musicales. Lors de la tourn\u00e9e qui accompagnait la sortie de son disque \u00ab\u00a0Station to Station\u00a0\u00bb , le Thin White Duke Tour en 1976 , il avait programm\u00e9 en premi\u00e8re partie le film de Luis Bu\u00f1uel et Salvador Dali \u00ab Un chien Andalou \u00bb cela m\u2019a inspir\u00e9 et je me suis int\u00e9ress\u00e9 au surr\u00e9alisme. Je peux dire ainsi que mon go\u00fbt pour la mode s\u2019est fait \u00e0 travers la musique. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 j\u2019aimais beaucoup les artistes (Joy division, Durutti Column etc\u2026) du label anglais de Manchester Factory.\u2028Toutes les pochettes de disques du label \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9es par le graphiste Peter Saville qui, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, r\u00e9alisait les catalogues du cr\u00e9ateur de mode japonais Yoghi Yamamoto.<br \/>\nJe me suis familiaris\u00e9 avec l\u2019univers de ce dernier mais aussi avec ceux d\u2019autres cr\u00e9ateurs de mode : Comme des Gar\u00e7ons, Jean Paul Gaultier\u2026 J\u2019ai d\u00e9couvert un milieu en constante recherche et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sensible au fait que la mode ce n\u2019est pas uniquement des v\u00eatements mais aussi des manipulations d\u2019images et de sensations.<\/p>\n<p>Au quotidien comment travaillez vous ? Quelles sont vos relations avec les cr\u00e9ateurs ?<\/p>\n<p>J\u2019ai la chance d\u2019avoir de longues relations avec certains cr\u00e9ateurs comme avec Marc Jacobs ou Miuccia Prada ce qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 faire de la recherche pour eux tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Lorsque vient le moment du d\u00e9fil\u00e9 mon travail avec eux commence g\u00e9n\u00e9ralement par une discussion. Je regarde tr\u00e8s peu les v\u00eatements, j\u2019ai besoin de ce moment intime provoqu\u00e9 par cet \u00e9change qui permettra \u00e0 la musique de ne pas \u00eatre simplement plaqu\u00e9e mais surtout de raconter une histoire.<\/p>\n<p>Avez vous pens\u00e9 \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 sans son ?<\/p>\n<p>Oui, il y a tr\u00e8s longtemps pour Martin Margiela. J\u2019avais mis le volume de la musique tr\u00e8s fort pour l\u2019entr\u00e9e des invit\u00e9s dans la salle et puis un silence brutal d\u00e9s le d\u00e9but du d\u00e9fil\u00e9. L\u2019assistance s\u2019est mise \u00e0 parler et ce murmure s\u2019est superpos\u00e9 aux cr\u00e9pitements des appareils photos. Il y avait un sentiment de malaise provoqu\u00e9 par le vide et c\u2019est comme si il fallait que l\u2019espace soit absolument rempli de sons.<\/p>\n<p>Comment masque t-on le silence au quotidien?<\/p>\n<p>Je ne crois pas que l\u2019on ait besoin de masquer le silence. Et d\u2019ailleurs le silence absolu n\u2019existe pas puisque, comme le dit John Cage, chacun de nous entend son propre sang couler dans ses veines. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui fait peur aux personnes qui ont besoin d\u2019avoir un fond sonore permanent. Fuir le silence pour ne pas se retrouver avec soi m\u00eame\u2026ou avec l\u2019autre. C\u2019est l\u2019utilisation de la musique dans le but de gommer toute \u00e9motion. Ce qui me semble un \u00e9trange paradoxe. Lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 New York, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s surpris que l\u2019on me demande de mettre de la musique avant les d\u00e9fil\u00e9s. Je pensais \u00e0 ces pauvres journalistes qui apr\u00e8s une semaine de Fashion week devaient \u00eatre satur\u00e9s (j\u2019imagine qu\u2019il y a aussi des journalistes masculins\u00a0???) de musiques et en bon europ\u00e9en j\u2019ai tent\u00e9 de faire de la r\u00e9sistance. Malheureusement cette notion d\u2019Entertainment les Am\u00e9ricains l\u2019ont impos\u00e9e jusqu\u2019en Europe.<\/p>\n<p>Essayez vous de donner \u00ab une claque \u00bbaux journalistes lors des d\u00e9fil\u00e9s comme certains le disent ? Est-ce pareil avec le son ?<\/p>\n<p>Comme je le disais pr\u00e9c\u00e9demment, ce qui est important pour moi c\u2019est de provoquer des images et de donner \u00e0 voir ce qui n\u2019est pas visible. Cr\u00e9er un cadre po\u00e9tique qui laisse place aux sensations et \u00e0 l\u2019imagination. Un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un parfum. C\u2019est pourquoi j\u2019interviens beaucoup sur les musiques que j\u2019utilise. A l\u2019aide d\u2019effets, de r\u00e9verb\u00e9ration, d\u2019\u00e9chos je fais en sorte que la musique et le son deviennent non seulement un environnement mais surtout une signature qui r\u00e9siste au temps. Je me demande souvent si ce n\u2019est pas la musique qui d\u00e9mode la mode et c\u2019est ce que j\u2019essaye au maximum d\u2019\u00e9viter.<\/p>\n<p>Cela permet aussi une double lecture du d\u00e9fil\u00e9 ? Au del\u00e0 des v\u00eatements, tout l\u2019univers du cr\u00e9ateur est mis en exergue\u2026<\/p>\n<p>Exactement. D\u2019ailleurs la plupart des cr\u00e9ateurs de mode avec lesquels je travaille m\u00e9langent des couches successives d\u2019images. En plus de cette discussion qui est toujours la gen\u00e8se d\u2019une collaboration, j\u2019aime regarder les moodboards dans les studios sur lesquels toutes les inspirations qui ont servi \u00e0 construire une collection sont visibles.\u2028Ainsi, je commence toujours par regarder et voir, puis je synth\u00e9tise et interpr\u00e8te ces diff\u00e9rentes \u00e9motions afin de donner \u00e0 entendre, ressentir et imaginer.<\/p>\n<p>Est-ce que la musique, via le rythme etc. structure le d\u00e9fil\u00e9 ?<\/p>\n<p>D\u2019un d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 l\u2019autre le rythme des d\u00e9fil\u00e9s et surtout celui des mannequins est identique. A mes d\u00e9buts on me parlait souvent de musiques pour rythmer la marche des mannequins. Cela accentue pour moi l\u2019aspect m\u00e9canique des d\u00e9fil\u00e9s et je pr\u00e9f\u00e8re sugg\u00e9rer de l\u2019\u00e9motion et de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Vos inspirations (cf. blog internet) sont souvent bas\u00e9es sur des images qui varient selon d\u2019infimes nuances\u2026 Est-ce repr\u00e9sentatif de votre travail\u00a0?<\/p>\n<p>Je crois que la distance est une des particularit\u00e9s de mon travail. J\u2019aime que le spectateur se pose des questions, qu\u2019il soit habit\u00e9 par ce qu\u2019il vient de voir et d\u2019entendre. J\u2019ai souvent remarqu\u00e9 qu\u2019une compr\u00e9hension trop imm\u00e9diate \u00e9tait aussi vite oubli\u00e9e. Pour cela j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 une technique qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 moi et que je fais \u00e9voluer tr\u00e8s lentement selon les inspirations.<\/p>\n<p>Est-ce que cela \u00e0 voir avec vos souvenirs ? D\u2019o\u00f9 puisez-vous la sensibilit\u00e9 que vous retranscrivez dans vos cr\u00e9ations ?<\/p>\n<p>Cela a \u00e0 voir avec mes souvenirs et avec ce que je vis et ce que j\u2019ai pu vivre. Il y a souvent une part autobiographique dans mon travail. M\u00eame pour un travail de commande, je mets toujours beaucoup de moi-m\u00eame, ce n\u2019est jamais vide de sens.<\/p>\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant aussi c\u2019est que chacun fait sa propre interpr\u00e9tation de la musique ; qu\u2019en pensez vous ?<\/p>\n<p>Oui le rapport \u00e0 la musique et au son est tr\u00e8s individuel. Chacun peut avoir sa propre interpr\u00e9tation et celle ci varie selon l\u2019humeur et selon l\u2019instant. Je suis all\u00e9 plus loin dans ce concept en cr\u00e9ant des \u0153uvres uniquement sonores pour des galeries d\u2019art et des mus\u00e9es.<\/p>\n<p>Pensez vous que votre m\u00e9tier \u00e9volue avec l\u2019arriv\u00e9e des d\u00e9fil\u00e9s tr\u00e8s spectaculaires au sens du d\u00e9cor ?<\/p>\n<p>Oui cela accentue mon d\u00e9sir d\u2019abstraction. Je pense par exemple au d\u00e9fil\u00e9 de Marc Jacobs en f\u00e9vrier dernier, inspir\u00e9 par cette \u0153uvre d\u2019Oliafur Elliasson \u00ab The Weather \u00bb, montr\u00e9 dans ce lieu monumental le Lexington Avenue Armory \u00e0 New York\u00a0; j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 utiliser un ch\u0153ur tr\u00e8s minimal \u00e9voluant pendant quinze minutes plut\u00f4t que le son de l\u2019orage et un rythme techno effr\u00e9n\u00e9. J\u2019aime opposer le sensible au spectaculaire. Finalement, depuis mes d\u00e9buts avec Martin Margiela en 1988 je n\u2019ai eu de cesse de vouloir p\u00e9renniser l\u2019aspect anti-mode de mon travail.<\/p>\n<p>Quel est l\u2019avenir pour les d\u00e9fil\u00e9s ?<\/p>\n<p>Quelle que soit sa forme le d\u00e9fil\u00e9 de mode a encore beaucoup d\u2019avenir. C\u2019est sur ce point qu\u2019il est permis de faire un parall\u00e8le avec le monde de la musique.<br \/>\nInternet et la musique digitalis\u00e9e n\u2019ont-ils pas accentu\u00e9 le d\u00e9sir de voir des concerts ? Les sens des spectateurs n\u2019ont ils pas besoin de po\u00e9sie et d\u2019\u00e9motions ?<\/p>\n<p>CHLOE DARLES<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>WANDERLUST PARIS Mai 2013 Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-445040","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fs-press"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445040","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=445040"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445040\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=445040"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=445040"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=445040"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}