{"id":446411,"date":"2024-05-14T12:04:06","date_gmt":"2024-05-14T10:04:06","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.elorainweb.com\/?p=446411"},"modified":"2024-05-14T12:04:06","modified_gmt":"2024-05-14T10:04:06","slug":"tracks-juin-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/tracks-juin-2022\/","title":{"rendered":"Tracks &#8211; juin 2022"},"content":{"rendered":"<p>Tracks &#8211; juin 2022<br \/>\nPar Louis Borel<\/p>\n<div style=\"text-align: justify; \">\n<br \/>\nQui sont ces producteurs fran\u00e7ais qui se cachent derri\u00e8re les B.O des d\u00e9fil\u00e9s de mode ?<br \/>\nUne nouvelle vague d\u2019artistes essentiellement fran\u00e7ais se charge, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, d\u2019habiller musicalement les collections dans l\u2019effervescence des grandes maisons. Entre composition ambitieuse, mix pointu et live sur mesure, plong\u00e9e dans ce processus de cr\u00e9ation \u2014 et de collaboration \u2014 hors-normes. <\/p>\n<p>BFRND aime malmener les spectateurs. Les surprendre, jouer avec leurs \u00e9motions. Au show cr\u00e9pusculaire de Balenciaga en f\u00e9vrier, dans l\u2019immense ar\u00e8ne vitr\u00e9e secou\u00e9e par une temp\u00eate de neige, l\u2019illustrateur sonore de la marque opte pour une ligne de piano \u00e9pur\u00e9e \u2014 du Dvorak. Avec une indication donn\u00e9e \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te : il devra tr\u00e9bucher sur les touches de l\u2019instrument, comme un d\u00e9butant. Ce d\u00e9tail annonce un p\u00e9ril imminent. Une menace sourde, qui r\u00e9sonne avec la d\u00e9marche ployante des mannequins, mais aussi avec la guerre en Ukraine, quelques jours apr\u00e8s l\u2019attaque lanc\u00e9e par Vladimir Poutine \u2014 le directeur artistique de la maison, Demna Gvasalia, a lui-m\u00eame fui la G\u00e9orgie enfant apr\u00e8s une offensive russe. Arriv\u00e9 aux trois quarts du d\u00e9fil\u00e9, c\u2019est l\u2019explosion. La musique qui bascule en m\u00eame temps que la m\u00e9t\u00e9o d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Des \u00e9clairs tombent, les silhouettes s\u2019effacent. Un beat gabber survolt\u00e9 supplante les notes apaisantes de la pi\u00e8ce slave.\u00a0<br \/>\n\u00ab J\u2019ai rarement v\u00e9cu un spectacle aussi intense que celui-l\u00e0, se souvient Lo\u00efc Prigent, journaliste mode qui \u00e9cume infatigablement les runways depuis trente ans. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je devais faire des exercices de respiration en sortant. \u00bb L\u2019audacieux BFRND n\u2019aurait pas pu esp\u00e9rer meilleure r\u00e9action. \u00ab Une bonne BO de catwalk doit t\u2019\u00e9prouver comme une soir\u00e9e qui dure jusqu\u2019\u00e0 16 heures le lendemain, ose-t-il. Il faut que la m\u00e9lodie te hante pendant des jours. \u00bb\u00a0<br \/>\nR\u00e9cit par le son et mariages insolites<br \/>\nComme lui, les producteurs Surkin et SebastiAn sont devenus ces derni\u00e8res ann\u00e9es les responsables des bandes-son de grandes maisons \u2014\u00a0le premier chez Paco Rabanne et Givenchy, le second pour Saint Laurent. Avant eux, ce sont les DJ qui r\u00e9gnaient sur les podiums. D\u00e9j\u00e0 fid\u00e8les \u00e0 des marques, certes, mais moins exclusifs dans leurs associations. Les vedettes ? Michel Gaubert et Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez. Dans les ann\u00e9es 1990, ces savants d\u00e9butants rejettent les shows segment\u00e9s des eighties, leur aspect strass et kermesse. \u00ab Les stylistes avaient beau \u00eatre de grands metteurs en sc\u00e8ne, la musique restait alors l\u00e9g\u00e8re, fun, d\u00e9crit Lo\u00efc Prigent. Ils ne passaient que le jukebox de FG, la m\u00eame radio qu\u2019ils avaient \u00e9cout\u00e9e en achevant les v\u00eatements dans la f\u00e9brilit\u00e9. \u00bb\u00a0<br \/>\nCe qu\u2019initient les deux Fran\u00e7ais Michel Gaubert et Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez, c\u2019est un r\u00e9cit par le son. Comme au cin\u00e9ma. \u00ab Avant, mettre en avant la musique ne pouvait \u00eatre qu\u2019une valeur ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019image, th\u00e9orise Michel Gaubert. Je voulais penser de belles fins de runway, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par un d\u00e9but, des mont\u00e9es, des descentes. Faire voyager le public. \u00bb Quitte \u00e0 la jouer baroque. L\u2019ancien disquaire loue les mariages insolites, pour peu qu\u2019ils soient coh\u00e9rents. Lors d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 Fendi, il infl\u00e9chit l\u2019ambiance feutr\u00e9e du catwalk par un fr\u00e9n\u00e9tique track techno. Sur un show Shortology, une griffe disparue, il envoie sans scrupule du Myl\u00e8ne Farmer dans les haut-parleurs. Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez, lui, est plus c\u00e9r\u00e9bral. Celui qui se d\u00e9finit comme un adepte du \u00ab collage \u00bb, p\u00e9tri de litt\u00e9rature, mixe jusqu\u2019\u00e0 une vingtaine de r\u00e9f\u00e9rences dans ses BO. Du Proust, du Marguerite Duras, assorti d\u2019un imparable \u00ab Girls &#038; Boys \u00bb de Blur. Au premier show Margiela, en 1988, il a cette id\u00e9e aussi ing\u00e9nieuse que spontan\u00e9e : la salle retransmettra, pendant le catwalk, la cohue des coulisses.<br \/>\nLaisser une empreinte paillet\u00e9e<br \/>\nCes inoxydables artisans du son exercent toujours \u2014 Michel Gaubert r\u00e9alise encore jusqu\u2019\u00e0 30 illustrations par an. Mais, au sein d\u2019un milieu artistique qui se fluidifie, les couturiers \u00e9tendent leurs partenariats, en particulier depuis que le luxe s\u2019est \u00e9pris de streetwear. Le brillant Tyler, the Creator signait ainsi la trame sonore de la collection Homme automne-hiver 22 de Louis Vuitton. Au premier d\u00e9fil\u00e9 r\u00e9cent de Kenzo sous la houlette de Nigo, le DA, r\u00e9put\u00e9 derri\u00e8re les platines, distillait de nouveaux singles de ses amis rappeurs, de Lil Uzi Vert \u00e0 Kid Cudi, en passant par Pusha-T.\u00a0<br \/>\nParadoxalement, l\u2019atmosph\u00e8re de comp\u00e9tition croissante de la mode a pouss\u00e9 les stylistes \u00e0 se doter de featurings cr\u00e9atifs plus sp\u00e9cifiques. Pour singulariser leur passage, laisser une empreinte paillet\u00e9e. Lo\u00efc Prigent confirme, pas dupe : \u00ab Cette nouvelle approche fait des couturiers des directeurs artistiques au sens large, dans le sens o\u00f9 ils commissionnent d\u2019autres \u0153uvres. Il y a un c\u00f4t\u00e9 presque M\u00e9dicis. \u00bb \u00ab Holistique \u00bb, songerait sans doute Hedi Slimane. Le mythique designer, aux manettes de C\u00e9line, se pla\u00eet \u00e0 user de cet adjectif pour qualifier le r\u00f4le englobant qu\u2019il occupe aupr\u00e8s de la marque. Ce fou de musique, aussi pass\u00e9 par Dior et Saint Laurent, a pris tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019habitude d\u2019inviter des artistes \u00e0 ses shows, qu\u2019ils soient reconnus ou plus confidentiels.<br \/>\nPas de bande-son sans collaboration<br \/>\nPour autant, les illustrateurs sonores insistent sur un point : pas de BO de d\u00e9fil\u00e9 sans collaboration. Comprendre : les \u00e9gos doivent s\u2019estomper au profit de la maison. \u00ab Mon but n\u2019est pas de faire une d\u00e9monstration de mon travail. De la m\u00eame mani\u00e8re, le cr\u00e9ateur se d\u00e9brouille pour que les v\u00eatements soient le mieux repr\u00e9sent\u00e9s, r\u00e9sume SebastiAn. Personne n\u2019est l\u00e0 pour imposer sa vision. \u00bb Surkin compl\u00e8te : \u00ab C\u2019est une activit\u00e9 qui pourrait \u00eatre envisag\u00e9e comme commerciale, mais pas au m\u00eame sens qu\u2019une simple publicit\u00e9. Une commande, mais qui tient de l\u2019\u00e9change avec un autre artiste. \u00bb\u00a0<br \/>\nParadoxalement, l\u2019atmosph\u00e8re de comp\u00e9tition croissante de la mode a pouss\u00e9 les stylistes \u00e0 se doter de featurings cr\u00e9atifs plus sp\u00e9cifiques. Pour singulariser leur passage, laisser une empreinte paillet\u00e9e. Lo\u00efc Prigent confirme, pas dupe : \u00ab Cette nouvelle approche fait des couturiers des directeurs artistiques au sens large, dans le sens o\u00f9 ils commissionnent d\u2019autres \u0153uvres. Il y a un c\u00f4t\u00e9 presque M\u00e9dicis. \u00bb \u00ab Holistique \u00bb, songerait sans doute Hedi Slimane. Le mythique designer, aux manettes de C\u00e9line, se pla\u00eet \u00e0 user de cet adjectif pour qualifier le r\u00f4le englobant qu\u2019il occupe aupr\u00e8s de la marque. Ce fou de musique, aussi pass\u00e9 par Dior et Saint Laurent, a pris tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019habitude d\u2019inviter des artistes \u00e0 ses shows, qu\u2019ils soient reconnus ou plus confidentiels.<br \/>\nPas de bande-son sans collaboration<br \/>\nPour autant, les illustrateurs sonores insistent sur un point : pas de BO de d\u00e9fil\u00e9 sans collaboration. Comprendre : les \u00e9gos doivent s\u2019estomper au profit de la maison. \u00ab Mon but n\u2019est pas de faire une d\u00e9monstration de mon travail. De la m\u00eame mani\u00e8re, le cr\u00e9ateur se d\u00e9brouille pour que les v\u00eatements soient le mieux repr\u00e9sent\u00e9s, r\u00e9sume SebastiAn. Personne n\u2019est l\u00e0 pour imposer sa vision. \u00bb Surkin compl\u00e8te : \u00ab C\u2019est une activit\u00e9 qui pourrait \u00eatre envisag\u00e9e comme commerciale, mais pas au m\u00eame sens qu\u2019une simple publicit\u00e9. Une commande, mais qui tient de l\u2019\u00e9change avec un autre artiste. \u00bb\u00a0<br \/>\nPour \u00e9voquer ce fructueux dialogue intime, pas facile de trouver mieux plac\u00e9 que BFRND : le compositeur est mari\u00e9 au DA de Balenciaga. Les deux \u00e9poux, qui vivent ensemble, partagent tout. Lors de l\u2019\u00e9bullition pr\u00e9-collection, le musicien virtuose voit Demna m\u00e9diter, s\u2019empreindre d\u2019inspirations vari\u00e9es. Un jour, ils d\u00eenent dans un restaurant bruyant. Un air de piano emplit la salle. Le boyfriend d\u00e9couvre seulement qu\u2019un homme jouait live quand, soudain, la m\u00e9lop\u00e9e s\u2019arr\u00eate. Eur\u00eaka. Pour l\u2019inauguration couture de son conjoint, il reprendra la ficelle. D\u2019abord des chansons avant que le catwalk ne d\u00e9bute. Puis, dans le sillage du premier mannequin, plus rien. Le silence comme unique bande-son. En \u00e9cho \u00e0 l\u2019aust\u00e8re personnage de Crist\u00f3bal Balenciaga, fervent catholique, le styliste est convaincu par ce choix radical. Un pari qui ajoute \u00e0 la solennit\u00e9 de la premi\u00e8re. \u00ab Le public \u00e9tait g\u00ean\u00e9, il n\u2019a pas compris que le show avait d\u00e9but\u00e9. On percevait le bruit des v\u00eatements, j\u2019ai m\u00eame entendu quelqu\u2019un faire \u201cWoaw\u201d, d\u00e9taille BFRND, qui est aussi \u00e9g\u00e9rie pour la marque. En finissant de d\u00e9filer, la sensation \u00e9tait tellement puissante que j\u2019ai fondu en larmes. \u00bb\u00a0<br \/>\n\u00ab Belsunce Breakdown \u00bb, soundscape et Wetransfer<br \/>\nEn fonction des liens qui unissent les habilleurs sonores aux designers, les termes du contrat changent. Quand Anthony Vaccarello, qui dirige Saint Laurent, s\u2019adresse \u00e0 SebastiAn en 2017, le discret producteur accepte \u00e0 une condition : qu\u2019il r\u00e9alise des compositions sur mesure. \u00ab Je trouvais \u00e9trange que la musique ne profite pas d\u2019un faste comparable aux v\u00eatements eux-m\u00eames \u00bb, explique-t-il. Parfois, dans le taxi qui le m\u00e8ne au runway, l\u2019artiste est encore en train de t\u00e9l\u00e9charger la derni\u00e8re version de sa partition. Il a souvent pass\u00e9 les trois derniers jours \u2014 et nuits \u2014 \u00e0 peaufiner, si ce n\u2019est reprendre enti\u00e8rement telle envol\u00e9e orchestrale, telle abrasive ligne techno qui \u00e9l\u00e8vera le show.\u00a0<br \/>\nSurkin est tout aussi press\u00e9. Mais avec \u00ab Paco \u00bb et Givenchy, l\u2019artiste se laisse davantage de champ. Mix, compositions, remix, \u00ab j\u2019y vais au cas par cas, pose-t-il. Je ne me force pas \u00e0 passer mes productions s\u2019il coule de source qu\u2019un autre morceau est plus adapt\u00e9. \u00bb Surkin vante la culture \u00e9clectique de Julien Dossena, le \u00ab rapport nostalgique \u00bb \u00e0 la musique de celui qui dirige la griffe espagnole depuis 2013. Une fois, Le musicien saisit l\u2019ent\u00eatante m\u00e9lodie du tr\u00e8s Marseillais \u00ab Belsunce Breakdown \u00bb, que le cr\u00e9ateur adore, et la tord tellement qu\u2019elle sonne comme du Philip Glass. Une autre, le styliste lui demande d\u2019imaginer ce qu\u2019entendrait une femme lors d\u2019une balade en ville : en r\u00e9sulte un soundscape fait de bruissements de robe et de talons, de p\u00e9piements, d\u2019autoradio et de coups de klaxons.\u00a0<br \/>\nChez Matthew Williams, \u00e0 la t\u00eate de Givenchy depuis deux ans, Surkin identifie des go\u00fbts \u00ab plus monomaniaques \u00bb. En 2012, le directeur artistique am\u00e9ricain a form\u00e9 un collectif avec Kanye West et trois designers, dont le d\u00e9funt Virgil Abloh. Il s\u2019est aussi occup\u00e9 des costumes du rappeur superstar, a particip\u00e9 au d\u00e9ment Yeezus et supervise, plus r\u00e9cemment, l\u2019album Whole Lotta Red, de Playboi Carti. Son parcours indique un penchant pour la nouveaut\u00e9, surtout hip hop. Alors avec Surkin, les comparses sollicitent de gros producteurs, fouillent le web \u00e0 la recherche de beatmakers prometteurs. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, l\u2019illustrateur sonore se sent \u00ab comme \u00e0 No\u00ebl \u00bb. Ses cadeaux ? Des pistes sur WeTransfer, parvenues de 25 producteurs diff\u00e9rents des US. Young Thug a voulu lui confier \u00e0 l\u2019avance les instrus de sa prochaine sortie. Surkin les utilisera pour le podium printemps-\u00e9t\u00e9 22.<br \/>\nArt total et d\u00e9cadent<br \/>\nSi les deux acolytes d\u2019Ed Banger et BFRND s\u2019\u00e9panouissent aujourd\u2019hui pleinement dans la mode, cet univers n\u2019avait pourtant rien d\u2019\u00e9vident. En 2016, Demna missionne \u00e0 l\u2019improviste son amoureux sur un show de V\u00eatements, la griffe conceptuelle qu\u2019il a fond\u00e9e. BFRND panique : il ne conna\u00eet pas le domaine du spectacle, encore moins celui de la fashion. Des techniciens gesticulent dans la salle, qui attendent impatiemment ses instructions. Sur la table de mixage, le musicien ignore m\u00eame o\u00f9 est le bouton \u00ab Play \u00bb.\u00a0C\u2019\u00e9tait avant que l\u2019imp\u00e9tueux duo ne fasse de Balenciaga \u00ab un monstre \u00bb.\u00a0<br \/>\nC\u2019est un art \u00e0 la fois total et d\u00e9cadent : ces efforts surhumains mis au service d\u2019un geste cr\u00e9atif si bref<br \/>\nSurkin<br \/>\nLorsqu\u2019il rejoint Paco Rabanne, Surkin m\u00e9prise aussi la fashion et ses atours pr\u00e9tentieux. Mais quand son ami Julien Dossena lui propose de travailler avec lui en 2015, l\u2019artiste commence \u00e0 se lasser de son rythme de DJ. Cette offre, il la per\u00e7oit comme une source nouvelle de stimulation. Le musicien est invit\u00e9 sur les runways. Puis soumet des id\u00e9es de titres au cr\u00e9ateur \u2014 notamment le savoureux remix par Kaytranada du morceau \u00ab If \u00bb, de Janet Jackson. Il finira happ\u00e9 par cet univers grandiloquent. \u00ab Les d\u00e9fil\u00e9s sont des moments aussi \u00e9tranges qu\u2019uniques, s\u2019enthousiasme-t-il. C\u2019est un art \u00e0 la fois total et d\u00e9cadent : ces efforts surhumains mis au service d\u2019un geste cr\u00e9atif si bref me fascinent. \u00bb\u00a0<br \/>\nM\u00eame rengaine pour SebastiAn. Au moment de d\u00e9buter, cet outsider, qui s\u2019habille en noir depuis ses quinze ans \u00ab pour ne pas avoir \u00e0 choisir de couleurs \u00bb, se soucie peu du milieu. Mais il sera conquis par l\u2019adr\u00e9naline des shows \u2014 trouvant, dans le manque de temps propre \u00e0 la mode, un \u00e9tonnant objet d\u2019\u00e9mancipation. \u00ab L\u2019\u00e9lectro est habituellement un genre si peu spontan\u00e9 dans sa conception que j\u2019aime ce sentiment d\u2019urgence, glisse-t-il. C\u2019est comme si je d\u00e9branchais mon cerveau et n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 suivre mon intuition. \u00bb\u00a0<br \/>\nLe casse-t\u00eate du web<br \/>\nLe vertige productif \u00e9voqu\u00e9 par le producteur se comprend d\u2019autant que le paysage fashion a intens\u00e9ment boug\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990. Les shows se sont raccourcis tandis que leur nombre doublait. Alors qu\u2019ils atteignaient souvent l\u2019heure et demie, leur dur\u00e9e d\u00e9passe aujourd\u2019hui rarement les huit minutes \u2014 12 pour les maisons les plus chics. Les r\u00e9seaux sociaux ont aussi chang\u00e9 la donne. Les d\u00e9fil\u00e9s \u00e9taient auparavant r\u00e9serv\u00e9s aux professionnels. Internet les a rendus accessibles \u00e0 tous, en simultan\u00e9. \u00ab Dans une salle, vous pouvez compter sur le public et l\u2019espace, jauge Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez. La retransmission oblige \u00e0 \u00eatre plus percutant, moins abstrait. \u00bb\u00a0<br \/>\nLe web est \u00e9galement un casse-t\u00eate sur le plan des droits \u2014 le montant \u00e0 payer pour utiliser une track reste souvent exorbitant, et le d\u00e9lai trop court. La plupart du temps, la musique retransmise sur YouTube ne correspond pas \u00e0 la bande-son jou\u00e9e sur le podium. \u00ab Cette diff\u00e9rence renforce la dimension exceptionnelle des d\u00e9fil\u00e9s, estime Surkin. Leur statut d\u2019\u00e9v\u00e9nement justifie la d\u00e9bauche de moyens : s\u2019il faut mettre du David Bowie, on mettra du David Bowie ; s\u2019il faut mettre du Brian Eno, on mettra du Brian Eno. Ce qui se d\u00e9roule dans l\u2019enceinte du show reste dans l\u2019enceinte du show. \u00bb<br \/>\nRestituer l\u2019exp\u00e9rience du runway<br \/>\nLes marques t\u00e2chent toutefois, de plus en plus, de restituer l\u2019exp\u00e9rience du runway. Jonathan Anderson, qui chapeaute Loewe, tient absolument \u00e0 ce que la musique soit similaire sur le net. Les compositions ont cet avantage qu\u2019elles sont la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019habilleur sonore \u2014 pas de probl\u00e8me d\u2019exclusivit\u00e9, donc. Fr\u00e9d\u00e9ric Sanchez, obstin\u00e9, va plus loin. S\u2019il poursuit pour les d\u00e9fil\u00e9s r\u00e9els son \u0153uvre bricol\u00e9, l\u2019artiste s\u2019est mis \u00e0 imaginer r\u00e9cemment des cr\u00e9ations originales seulement d\u00e9di\u00e9es au streaming. Mais ce ponte des BO de catwalk garde un faible pour son activit\u00e9 de monteur. \u00ab Les r\u00e9f\u00e9rences sont comme des couches d\u2019\u00e9motion qui r\u00e9chauffent le podium, l\u00e2che-t-il. Je trouve important de les faire exister, m\u00eame sugg\u00e9r\u00e9es. \u00bb<br \/>\nAutre possibilit\u00e9 pour \u00e9viter les questions de droits : le live. Michel Gaubert reste sans doute le plus attach\u00e9 \u00e0 cette forme proche du concert. En 2016, l\u2019ex DJ du Palace erre \u00e0 Cuba. Il arpente les petites salles \u00e0 la recherche d\u2019un musicien pour le show Chanel pr\u00e9vu \u00e0 La Havane. Le dernier jour de son s\u00e9jour, hasard total. Il tombe dans une \u00e9glise sur un pianiste chevronn\u00e9 accompagn\u00e9 d\u2019un orchestre symphonique. Quelques semaines plus tard, cet \u00ab Ennio Morricone local \u00bb fait ses gammes devant Karl Lagerfeld, sur la principale avenue de la capitale cubaine. Lors d\u2019autres d\u00e9fil\u00e9s pour sa marque f\u00e9tiche, Michel Gaubert conviera des artistes plus c\u00e9l\u00e8bres, ambassadeurs ou pas : Florence Welch, S\u00e9bastien Tellier, Vanessa Paradis\u2026 \u00ab En live, la musique est moins mall\u00e9able qu\u2019avec une bande, nuance cependant l\u2019illustrateur sonore. Il faut tout adapter. \u00bb\u00a0<br \/>\nBFRND juge une telle configuration comme un \u00ab stress inutile \u00bb. L\u2019homme-orchestre de Balenciaga, qui soigne ses furieuses compositions seul dans son coin, estime avoir d\u00e9j\u00e0 assez \u00e0 faire. Pour interpr\u00e9ter la prochaine collection couture de la prestigieuse maison, en juillet, il aimerait toutefois faire appel au savoir-faire d\u2019un musicien classique. Sans avoir encore d\u2019id\u00e9e nette sur la direction de la pi\u00e8ce. \u00ab Les v\u00eatements deviennent tr\u00e8s concrets, mais le niveau me met la pression, admet-il. C\u2019est du Demna puissance 3 000. \u00bb La derni\u00e8re fois que le musicien se rappelle avoir ressenti de l\u2019appr\u00e9hension, c\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019ultime parade de V\u00eatements. Pour les adieux de son mari au label qu\u2019il avait fond\u00e9, le show funeste s\u2019achevait par une escalade d\u2019aboiements hallucin\u00e9e. Tout un programme.\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tracks &#8211; juin 2022 Par Louis&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-446411","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fs-press"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/446411","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=446411"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/446411\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=446411"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=446411"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fredericsanchez.com\/fredericsanchez\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=446411"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}